Artsvivants.ca – La vie secrète des costumes

Portraits de concepteurs
par Michael Eagan

John Pennoyer

image:Parolles, All’s Well That Ends Well (2001)
Parolles, All’s Well That Ends Well (2001)
Conçu par John Pennoyer / © John Pennoyer

John Pennoyer est un concepteur au style inimitable, caractérisé par ses dessins minimalistes finement observés. Les archives des costumes du CNA comportent un vaste choix de ses dessins, et sa collaboration avec le Centre embrasse trois décennies.

Pennoyer a grandi et a été éduqué dans le West Island de Montréal et, plus tard, à Prescott et à Sarnia, en Ontario. Il a reçu sa formation postsecondaire à l’Université McMaster, à Hamilton, où il a obtenu un diplôme de premier cycle en 1971. À cette époque, il admet lui-même avoir été fortement influencé et vivement impressionné par le professeur George Wallace, son maître de dessin, qui était venu du Trinity College de Dublin pour enseigner à McMaster. Pennoyer rend hommage au professeur Wallace pour lui avoir appris à dessiner, et se souvient que celui-ci exhortait ses élèves à commencer par « déterminer les zones noires » au moment de commencer un dessin – un conseil qui apparaît merveilleusement ancré dans la tradition. Ces leçons n’ont pas été perdues, semble-t-il, car le dessin est à la base de toutes les créations de John Pennoyer, et ses dessins traduisent un sens remarquable des jeux d’ombre et de lumière ainsi qu’une impression d’abandon presque complet.

Pennoyer a eu recours à différentes techniques; cependant, la plupart de ses dessins les plus récents sont exécutés aux crayons Prismacolor, souvent sur une sorte de papier Ingres teinté, légèrement vergé, conférant aux dessins une texture particulière. Par endroits, il applique le crayon de manière à obtenir un fini dense, presque émaillé, tandis qu’ailleurs son trait se fait léger, laissant apparaître le grain du papier. Cette méthode est inusitée, mais elle convient parfaitement à son idéal d’équilibre entre le dessin et la peinture, et donne à ses dessins leur caractère unique et immédiatement reconnaissable.

image:Mrs. Medlock, The Secret Garden (1998)
Mrs. Medlock, The Secret Garden (1998)
Conçu par John Pennoyer / © John Pennoyer

Au sortir de l’Université McMaster, Pennoyer a acquis ses premières expériences au théâtre dans l’atelier des accessoires du Festival de Stratford. Il y a œuvré pendant dix ans à différents titres, complétant un précieux apprentissage auprès de Daphne Dare, la scénographe britannique venue au Canada pour collaborer avec Robin Phillips, lequel assurait la direction artistique de Stratford à l’époque. Après avoir travaillé comme assistant pendant un certain temps, il a réalisé sa première création importante pour la scène, qui allait lancer sa carrière en scénographie. En 1975, il a œuvré pendant une saison à titre de concepteur au McArthur Theatre de Princeton, au New Jersey, en plus de signer ses premières créations pour le CNA dans le cadre de la production de Robin Phillips de Hamlet au cours de la saison 1975-1976. Ce fut le début d’une longue et fructueuse collaboration avec le Centre national des Arts, jalonnée par les pièces Wild Oats (1981) et Noises Off (1986) avec Derek Goldby, Agnes of God (1986), Hay Fever (1987), Beautiful Deeds/De beaux gestes (1987), Sinners (1988), Master Class (1997), et The Taming of the Shrew (1997) avec Denise Coffey.

Pennoyer a vécu et travaillé à Lennox, dans le Massachusetts, de 1991 à 1997, collaborant avec les célèbres metteures en scène shakespeariennes Kristen Linklater et Tina Packer qui dirigeaient conjointement Shakespeare & Company, produisant une série estivale de pièces de Shakespeare. Très apprécié pour son expérience et son aisance avec ce répertoire en particulier, il a longtemps assumé le rôle de concepteur de costumes résident pour leurs productions, qui étaient présentées dans le cadre splendide et idyllique de The Mount – sur les terrains et dans les jardins du domaine d’Edith Wharton.

image:Mrs. Medlock, The Secret Garden (1998)
Mrs. Medlock, The Secret Garden (1998)
Conçu par John Pennoyer / © John Pennoyer

Plus récemment, il a pris part à une série de productions en collaboration avec Marti Maraden, directrice artistique du Théâtre anglais du CNA de 1997 à 2006 et actrice et metteure en scène chevronnée, habituée du Festival de Stratford . Leur collaboration a été fructueuse, portant sur des pièces aussi diverses que A Man for All Seasons (1998), Travels With my Aunt (1999), et An Enemy of the People (2000); mais ils se sont particulièrement distingués, durant cette période, dans le répertoire de Shakespeare. La metteure en scène et le concepteur avaient tous deux une vaste expérience de ces pièces, qu’ils ont mise entièrement au service d’un certain nombre de productions mémorables pour leur clarté et leur style. Sous la direction de Mme Maraden, M. Pennoyer a participé aux productions All’s Well That Ends Well (2001), Twelfth Night (2001), Hamlet (2004) – pièce sur laquelle il intervenait pour la deuxième fois – et Love’s Labours Lost (2005).

John Pennoyer est surtout connu comme concepteur de costumes, mais il lui arrive aussi assez souvent de dessiner des décors. L’un de ses plus importants travaux de scénographie est sa propre version de la scène « en éperon » initialement conçue par Tanya Moiseiwitsch au Festival de Stratford, qu’il a réinterprétée pour le Théâtre du CNA avec son avant-scène semi-circulaire. C’est ainsi qu’une idée qui avait germé dans les années 1960 a finalement été réalisée, avec l’aide du technicien de scène Simon Marsden. Maraden et Pennoyer avaient tous deux fait leurs armes shakespeariennes à Stratford, et cette « scène modulaire » leur a permis de mettre en scène les pièces du Barde immortel au Théâtre du CNA dans un cadre dont les auditoires canadiens étaient devenus familiers – et qui n’est pas sans rappeler les théâtres élisabéthains et jacobéens de l’Angleterre du XVIe siècle pour lesquels ces œuvres ont été écrites.

John Pennoyer a participé en tout à dix-neuf productions au CNA, et les archives des costumes du CNA contiennent des signes tangibles de son évolution comme artiste de théâtre, confirmant, si besoin était, sa place au tout premier rang des concepteurs du théâtre canadien.