Les origines de la collection de maquettes du CNA

par Rae Ackerman

Découvrez comment et pourquoi le CNA a commencé à préserver ses maquettes de décors jusqu’aux années 1980. Rae Ackerman est directeur des Vancouver Civic Theatres (théâtres municipaux de Vancouver), et il était directeur de production du Théâtre anglais du Centre national des Arts quand les archives ont commencé à être développées. Ses écrits témoignent de l’enthousiasme qui régnait dans la production, au CNA, dans les premières années du Centre.

Pourquoi avons-nous commencé à préserver les maquettes?

Je me souviens d’une conversation avec Andis Celms, vers 1972, alors qu’il était directeur de production du département de Théâtre du CNA. Il me racontait qu’il avait rendu visite à une vieille connaissance, Heather McCallum (ancienne directrice de la section théâtre de la Toronto Reference Library), et qu’elle avait exprimé le vœu que « nous » documentions les productions du CNA. Il ne s’est pas produit grand-chose à l’époque, mais l’idée a fait son chemin petit à petit, et nous avons commencé à modifier quelque peu l’angle sous lequel nous envisagions la gestion de nos archives.

Voici les objets qui étaient alors conservés ou créés en marge des productions :

  • des photographies des décors et des costumes, ainsi que des photographies de production, réalisées avant la première afin que le département des relations publiques du CNA puisse les distribuer aux médias;
  • les cahiers de régie que nous parvenions à arracher à temps des mains des régisseurs, toujours prompts à les jeter à la corbeille à la fin d’un spectacle;
  • les travaux de production (esquisses, etc.) dont les concepteurs nous faisaient don.

Mais conserver les maquettes des décors?

Habituellement, elles étaient déjà passablement abîmées quand arrivait le soir de la première, après avoir traîné dans l’atelier de décors, avoir été mesurées en long et en large par tout un chacun, et avoir été éclaboussées dans l’atelier de peinture. Parfois, le concepteur rapportait chez lui ce qu’il restait de sa maquette; d’autres fois, elle finissait à la poubelle. Cette situation ne réjouissait personne. Les maquettes étaient presque toutes, au départ, de véritables petits bijoux de modèles réduits.

Certains concepteurs, comme Brian Jackson, étaient si habiles à fabriquer des maquettes qu’un jour, j’en ai photographié plusieurs et ai projeté des agrandissements de ces images sur un écran, en fond de scène, en guise de décors pour une comédie musicale. Après le spectacle, on me demandait souvent comment j’étais parvenu à rendre une salle de séjour ou une cellule de prison sous tel ou tel angle particulier. Les gens n’en revenaient pas d’apprendre que ce n’étaient pas des photos de vrais lieux, mais bien de maquettes.

C’est probablement le chef menuisier Willy Pomerleau qui a instauré la préservation des maquettes. Il a commencé à fabriquer des caisses munies de couvercles à rabats pour les ranger et les protéger. À la fin du spectacle, la maquette était ainsi en bien meilleur état, et nous pouvions fermer le couvercle et remettre le tout au concepteur, qui en était le légitime propriétaire. Tout le monde s’est réjoui de cette petite innovation. Par la suite, les concepteurs, qui ne disposaient généralement pas de grands studios ou de sous-sols, ont commencé à nous demander de conserver leurs maquettes pour eux, ce que nous avons fait – dans une petite pièce du troisième étage située tout juste au-dessus du coin repas de l’atelier des décors.

Ainsi, quand Tony Ibbotson est entré en scène pour prendre en charge les archives, nous disposions déjà d’une petite collection. Avec le temps, la pièce exiguë du troisième étage n’a plus suffi à les contenir, et une salle plus vaste a été aménagée dans l’Entrepôt du CNA.

Vers 1980, nous conservions les maquettes, les dessins techniques, les dessins des accessoires, les « copies du souffleur » (cahiers de régie et autres), des photographies des costumes et même des captations partielles des spectacles sur vidéo.

Pourquoi faisions-nous cela?

Comme le dit si bien Michael Eagan dans une autre section d’Artsvivants.ca, une production théâtrale est, par nature, terriblement éphémère. Quand le rideau tombe, tout s’envole et il n’en reste plus qu’un souvenir. Au CNA et, bien sûr, partout ailleurs, énormément de talents et d’efforts, de sang, de sueur et de larmes, parfois de drames – sur scène et en coulisses – ont été investis dans tant de merveilleux spectacles dotés de remarquables scénographies. Nous voulions préserver un peu de cette formidable créativité pour les générations futures. Derrière cette volonté se profilait l’idée qu’un jour, quelque part, une collection théâtrale nationale allait voir le jour et qu’à ce moment-là, le CNA allait pouvoir y apporter sa propre collection, d’une qualité déjà muséale ou, à défaut, s’en rapprochant le plus possible.

Mis à part les efforts méritoires de Heather McCallum, c’était la première fois, à ma connaissance, qu’une institution canadienne investissait dans la préservation de son propre héritage historique avec un tel souci d’exhaustivité et une si grande conscience professionnelle (quoiqu’il n’est pas impossible que le Festival de Stratford ait déjà commencé à en faire autant à l’époque…). Au CNA, Tony Ibbotson s’était donné pour mission de préserver, de répertorier, d’étudier, de documenter et de collectionner avec amour tout ce qu’il pouvait trouver, remontant jusqu’aux premières années du Centre. Il faisait souvent appel à moi et à d’autres pour l’aider à identifier l’une ou l’autre de ses trouvailles. Il jubilait littéralement quand il parvenait à obtenir un nom et une date.

La Société a soutenu ces efforts sans réserves pendant quelques années. Il était admis que la création et l’entretien de ces artefacts faisaient partie des responsabilités courantes du Centre national des Arts. Tout au moins, jusqu’à ce que surviennent les compressions budgétaires du milieu des années 1980.

Pour en savoir plus long…

La découverte et le développement de la collection de maquettes du CNA, par Gerry Grace, archiviste du CNA

Autres articles du même auteur :

De la maquette au décor
Une maquette, maints usages