Ludwig van Beethoven

Né à Bonn, le 16 décembre 1770;
décédé à Vienne, le 26 mars 1827

Ludwig van Beethoven est né à Bonn (Allemagne) le 17 décembre 1770 (seul deux de ses sept frères, Kaspar-Karl et Johann, nés respectivement en 1774 et 1776, survivront). La famille est musicienne depuis au moins deux générations : Ludwig van Beethoven l’ancien (1712-1773), son grand-père paternel, s’était installé à Bonn en 1732, et son père Johann van Beethoven est ténor de la chapelle de l’Électeur de Cologne (Köln). Homme alcoolique et violent, il remarque cependant les dons musicaux de son fils Ludwig. Quant à Maria-Magdalena (1746-1787), la mère, d’origines slaves, elle est la fille d’un cuisinier de l’Électeur de Trèves.

À l’instar de Leopold Mozart, qui, près de 15 ans plus tôt, avait exhibé son fils Wolfgang tel un singe savant, le père de Ludwig désire tirer le maximum de profit de son fils. Il n’y parviendra cependant qu’à l’occasion d’une tournée aux Pays-Bas (1781).

Vie et carrière

Beethoven, qui se montre élève appliqué (lorsqu’il s’agit de musique en tout cas !), reçoit très tôt des cours de violon et de piano : dès 1775 par son père, dans l’optique de l’opération "singe savant", puis par le compositeur et chef d’orchestre Christian Gottlob Neefe. Neefe lui trouvera d’ailleurs une place dans l’orchestre de la cour. Le nouvel Électeur, Max-Franz, protège le jeune musicien, organiste adjoint depuis 1784, et lui accorde une bourse de 170 florins. Ludwig compose alors ses premiers concerti et quatuors à corde (ses premières pièces, pour piano, datent de 1782-1783 : il s’agit notamment des Neuf variations sur une marche de Dressler et des trois Sonatines dites à l’Électeur). En 1787, grâce au comte Ferdinand von Waldstein (il lui dédiera sa Sonate pour piano numéro 21 en 1804) qui le remarque, Beethoven part à Vienne dans le but d’y rencontrer Wolfgang Mozart. Hélas, celui-ci venant de perdre son père, la rencontre se déroule dans un climat peu propice. Cependant, Mozart garde une très bonne impression du jeune compositeur : "Ce jeune homme fera parler de lui". Beethoven surclasse même un pianiste très en vue à l’époque, l’abbé Gelibek, qui dira de lui : "C’est Satan en personne qui se cache derrière ce jeune homme ! Je n’ai jamais entendu jouer de la sorte...". De plus, en 1792, Waldstein organise la rencontre entre Joseph Haydn et son protégé. Haydn s’intéresse au musicien (la cantate sur la mort de Joseph II ou celle sur l’avènement de Léopold II furent déterminantes) et lui propose d’étudier à Vienne sous sa direction. De plus en plus coupé de Bonn (sa mère, à laquelle il était attaché, est morte en juillet 1787 de la tuberculose, et son père, en alcoolisme chronique, est mis à la retraite depuis 1789), Beethoven, qui enseignait et jouait dans l’orchestre municipal aux côtés de son ancien maître Neefe, accepte avec enthousiasme et quitte sa ville natale le 2 novembre 1792. Hélas, Mozart, qu’il adulait, est déjà mort depuis près d’un an.

De janvier 1794 au début de 1795 (pendant un séjour de Haydn en Angleterre), il prend des cours auprès de Johann Georg Albrechsberger (contrepoint) et d’Antonio Salieri pour l’art vocal. Il est encore remarqué principalement en tant que pianiste (acclamé par le public mais critiqué par certains conservateurs pour sa fougue), pour ses talents d’interprète et d’improvisateur (1796 : tournée de concerts qui le mena de Vienne à Berlin en passant notamment par Dresde, Leipzig, Nuremberg et Prague), et sa carrière parallèle de compositeur est un peu méconnue. En effet, âgé de 22 ans à son arrivée dans la capitale autrichienne, le compositeur n’a pas encore atteint sa période de maturité artistique, et jusqu’aux débuts des années 1800, il participe régulièrement aux joutes musicales, fort appréciées à l’époque, qui le consacrent meilleur pianiste viennois : "Son improvisation était on ne peut plus brillante et étonnante ; dans quelque société qu’il se trouvât, il parvenait à produire une telle impression sur chacun de ses auditeurs qu’il arrivait fréquemment que les yeux se mouillaient de larmes, et que plusieurs éclataient en sanglots. Il y avait dans son expression quelque chose de merveilleux, indépendamment de la beauté et de l’originalité de ses idées et de la manière ingénieuse dont il les rendait." (Carl Czerny, vers 1840).

Signalons aussi que, malgré une estime réciproque indubitable, Haydn n’entretient pas avec Beethoven la même relation qu’avec Mozart : le courant passe moins bien avec Beethoven, jeune révolutionnaire indomptable et entêté. Cependant, Beethoven reconnaîtra lui-même l’influence notable de l’Autrichien sur son œuvre.

Mais Beethoven ressent les premiers symptômes de la surdité dès 1796 : ses oreilles sifflent et bourdonnent perpétuellement. Il envisagera le suicide, persuadé qu’il sera rapidement privé de ses facultés musicales, et rédige une célèbre lettre adressée en 1802 à ses frères, le Testament de Heiligenstadt (6 octobre 1802). Il abandonne sa carrière de virtuose pour se lancer à corps perdu dans la composition (1801 : Sonate pour piano numéro 14 dite Clair de Lune; 1802 : Deuxième Symphonie et Troisième concerto pour piano ). À cause de sa surdité, Beethoven se renferme sur lui-même et après 1819 ne communique plus que par lettres. Il acquiert une réputation de misanthrope qu’il combat dans son Testament d’Heiligenstadt : "O vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. [...] Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, [...] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. [...] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez que vous n’avez pas été justes avec moi, et que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur".

Sa Troisième symphonie (dédiée dans un premier temps à Napoléon Bonaparte, avant que ce dernier ne se fasse sacrer empereur des Français) à l’héroïsme triomphant marque le sortir de la crise de 1802. En juillet 1805, alors que son unique opéra, Fidelio, est un échec, le compositeur fit la rencontre de Luigi Cherubini pour qui il ne cachait pas son admiration.

Les années 1806 à 1808 furent les plus fertiles en chefs-d’œuvre de toute sa vie : la seule année 1806 vit la composition du Quatrième Concerto pour piano, des trois grands Quatuors à cordes numéro 7, numéro 8 et numéro 9 dédiés au comte Razumovsky (l’un de ses premiers mécènes), de la Quatrième Symphonie et du célèbre Concerto pour violon.

En 1808, Jérôme Bonaparte (frère de Napoléon) propose un poste de maître de chapelle à Kassel. Beethoven, qui n’avait pas hésité à quitter le prince Carl Lichnowsky pour une querelle (automne 1808), avait déjà fait montre de sa lutte pour son indépendance ("prendre le destin à la gorge", expression symbolisée par sa Cinquième symphonie composée de 1804 à 1807) mais semble hésiter pour cette proposition qui le mettrait à l’abri de tout besoin. C’est alors que Vienne se réveille : l’archiduc Rodolphe, le prince Kinsky et le prince Lobkowitz forment une alliance, assurant à Beethoven 4000 florins par an s’il restait. Hélas, le destin pris de nouveau le musicien au dépourvu : il accepta mais la guerre franco-autrichienne de 1809 et la crise économique qui s’ensuivit en Autriche empêchèrent les mécènes de mettre à exécution leur contrat. De plus, cette guerre fit quitter Vienne à de nombreux amis de Beethoven qui dut surmonter seul, en 1812, de nouveaux problèmes comme la rencontre infructueuse avec Goethe et des événements dramatiques. Curieusement, cette année est suivie d’une stérilité d’autant plus marquante qu’elle succède à 10 années de production intense.

Les années suivantes ne sont pas plus brillantes : Beethoven perd son frère Kaspar-Karl en 1815 et doit se battre pour s’assurer la tutelle exclusive (obtenue en 1820 contre sa belle-sœur) de son neveu qu’il a promis d’éduquer. De plus, le compositeur décroît dans l’intérêt des Viennois et il est surveillé par la police de Metternich, qui le connait comme démocrate et révolutionnaire.

Tandis que sa situation financière devient de plus en plus préoccupante, Beethoven tombe gravement malade (de 1816 à 1817) et semble de nouveau envisager le suicide. Pourtant, sa force morale et sa volonté reprennent une fois encore leurs droits. Tourné vers l’introspection et la spiritualité, pressentant l’importance de ce qu’il lui restait à écrire pour "les temps à venir", il trouve la force de surmonter ces épreuves pour entamer une dernière période créatrice qui lui donna probablement ses plus grandes révélations, neuf ans avant la création de la Neuvième symphonie .

Il connait maintenant un regain de ferveur chrétienne : de 1818 à 1822, il entreprend l’écriture de sa Missa solemnis. En 1823, Beethoven réalise les 33 variations sur la valse de Diabelli (ce dernier, éditeur, avait invité l’ensemble des compositeurs de son temps à écrire une variation sur une valse très simple de sa composition, objectif largement dépassé par l’Allemand).

Le sept mai 1824, sa Neuvième Symphonie, dont la célèbre Ode à la joie (qu’il souhaitait mettre en musique avant même son départ de Bonn), est donnée. C’est un triomphe en Autriche, mais aussi et surtout en Prusse et en Angleterre, où il fut d’ailleurs tenter de se rendre pour sa démocratie ainsi que pour son idôle, celui qu’il considérait comme le plus grand compositeur de l’Histoire, Georg Friedrich Haendel.

Mais le 30 juillet 1826, le neveu Karl fit une tentative de suicide. L’affaire fit scandale, et Beethoven bouleversé partit se reposer chez son frère Johann à Gneixendorf dans la région de Krems-sur-le-Danube, en compagnie de son neveu convalescent. C’est là qu’il écrivit sa dernière œuvre, un allegro pour remplacer la Grande Fugue comme finale du Quatuor numéro 13.

Mort, renommée, œuvre

Le 26 mars 1827, après un long délabrement physique, Beethoven s’éteint à Vienne, victime d’une intoxication sévère au plomb : grand amateur de vin du Rhin, il avait en effet l’habitude de boire dans une coupe en cristal de plomb, en plus d’ajouter du sel de plomb dans le vin pour le rendre plus sucré !

Dernier grand représentant du classicisme viennois (après Christoph Willlibald Gluck, Haydn et Mozart), Beethoven prépara l’évolution vers le romantisme en musique et influença la musique occidentale pendant une grande partie du XIXe siècle. Inclassable ("un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes" selon Haydn vers 1793), son art s’exprima dans tous les genres, et bien que sa musique symphonique soit la principale source de sa popularité universelle, c’est dans l’écriture pianistique et dans la musique de chambre que son impact fut le plus considérable.

Surmontant à force de volonté les épreuves d’une vie marquée par le drame de la surdité, célébrant dans sa musique le triomphe de l’Héroîsme et de la Joie quand le destin lui prescrivait l’isolement et la misère, il a mérité cette affirmation de Romain Rolland : "Il est bien davantage que le premier des musiciens. Il est la force la plus héroîque de l’art moderne". Expression d’une inaltérable foi en l’homme et d’un optimisme volontaire, consacrant l’art musical comme action d’un homme libre et non plus comme simple distraction, l’œuvre de Beethoven a fait de lui une des figures les plus marquantes de l’histoire de la musique.