Le saviez-vous?

Les salles de concert sont pleines de bruits

Étiquette à respecter

Ch-h-h-h-hut!!!!!!!
 

Imaginez que vous êtes installé(e) dans une salle de concert et que vous attendez le début du spectacle. Tout autour de vous, les gens chuchotent, toussent, font toutes sortes de bruits en s’installant, feuilletant leur programme ou déballant leurs bonbons. Une crainte vous envahit soudain. Est-ce que tout ce tintamarre va continuer pendant le concert?

En 1952, John Cage, compositeur d'avant-garde des États-Unis, a attiré notre attention sur ce problème avec son célèbre et surprenant 4’33”, une « composition » que l'on exécute de la manière suivante : un pianiste se présente sur scène, s'assoit au piano, demeure immobile pendant toute la durée du morceau, puis se lève et s'en va. La « composition » est le bruit de la salle de concert, l'ensemble des sons qui ne proviennent pas de la scène – une idée dérangeante!

Autrement dit, 4’33” n'est pas vraiment un morceau de musique. Il a pour but d'attirer notre attention sur les bruits que l'on entend dans une salle pendant un concert. On pourrait le qualifier d’anti-musique. Est-ce un exemple à suivre? Certainement pas! Mais 4’33” soulève un point intéressant. Et, tant qu'à faire, nous pouvons nous pencher également sur d'autres aspects de l'étiquette à respecter dans une salle de concert : À quel moment doit-on applaudir? Quand doit-on se lever? Comment se comporter quand on arrive en retard ou que l'on quitte avant la fin? Doit-on s'habiller chic pour aller au concert? Peut-on taper du pied au rythme de la musique?

Silence, s’il vous plait!

Il est sans doute inutile de préciser que l'on dérange les gens assis autour de nous lorsqu'on parle pendant un concert. Pourtant, il est étonnant de constater que beaucoup de gens pensent qu'en parlant doucement ou en chuchotant, leurs voisins ne vont pas les entendre. Comme ils se trompent! Si vous devez vraiment dire quelque chose à voix basse, chuchotez très discrètement. L'écoute de la musique est une expérience intimement personnelle, et les bruits extérieurs à la prestation artistique peuvent gâcher le plaisir des autres spectateurs. Les personnes assises près de vous peuvent être dérangées par votre comportement si vous battez la mesure en tapant du pied, si vous fredonnez la mélodie, si vous vous trémoussez sur votre siège ou si vous imitez les gestes du chef d'orchestre. Cela ne veut pas dire que vous devez demeurer immobile comme une statue, mais pensez aux autres spectateurs qui veulent se concentrer sur la musique, plutôt que sur vous!

C’est quand la fin?

Selon la coutume, on montre que l'on a apprécié l'interprétation d'une œuvre musicale en applaudissant à la fin. Mais, c’est quand la fin? Voilà qui pose problème à certains amateurs de concert. Si l'œuvre est brève et n'est pas divisée en sections indépendantes (souvent appelées mouvements, comme dans une symphonie ou un concerto), ce n'est généralement pas difficile. En revanche, si la composition comprend plusieurs mouvements ou sections comme dans le cas d'une suite ou d'un ensemble d'études ou d'images, le spectateur novice peut être complètement dérouté et ne pas savoir quand commencer à applaudir. (Les habitués des concerts connaissent ce genre de piège!) Il peut être utile de consulter le programme du concert à la page qui énumère les différents mouvements ou sections d'une œuvre, mais on ne peut pas toujours s’y fier, car parfois, les mouvements s'enchaînent sans aucune pause. Il arrive souvent qu'un spectateur, totalement captivé par l'éclat sonore d'un orchestre, commence à applaudir frénétiquement juste après ce qui lui semble être le dernier accord, avant de s'apercevoir qu'il est le seul à frapper dans ses mains, ce qui a pour effet de le plonger dans un grand embarras.

Il existe une « fausse fin » de ce genre dans le finale de la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski, une des œuvres les plus populaires du répertoire orchestral. Vers la fin, on entend une série d'accords puissants faisant appel à tous les musiciens de l'orchestre, soulignés avec éclat par les cuivres et des roulements de tambour. Cela ressemble à une fin extraordinaire, surtout si l'on ne s'est pas intéressé à la progression harmonique d'ensemble de la symphonie. Ne tombez pas dans le piège, car sinon, vous risquez de donner vous-même un solo sans le vouloir!

Il y a des exceptions

De manière générale, on n’applaudit pas pendant une œuvre en plusieurs mouvements, mais seulement à la toute fin. Cependant, il peut arriver que les interprètes jouent un mouvement ou une section avec brio ou avec une intensité exceptionnelle. Dans ce cas, plusieurs personnes dans l'auditoire remarquent cette interprétation et peuvent exprimer leur appréciation par des applaudissements spontanés. N'hésitez pas à les imiter si vous en éprouvez le besoin. Beaucoup d'artistes sont très heureux d'accepter les applaudissements à de tels moments.

Hier et aujourd’hui

En fait, à l'époque de Mozart et de Beethoven, il était courant et même tout à fait normal d'applaudir entre les mouvements. Les spectateurs exprimaient instantanément leur enthousiasme à l'égard de certains mouvements et si les applaudissements étaient suffisamment nourris, les musiciens rejouaient ce mouvement sur-le-champ. Le deuxième mouvement de la Symphonie no 7 de Beethoven, créée en 1813, est un exemple célèbre. À l'opéra, on continue encore de nos jours à applaudir après chaque aria (solo chanté).

Applaudir ou ne pas applaudir : Voilà la question

Si vous ne savez pas exactement à quel moment applaudir, le plus sûr est d'attendre simplement que d'autres personnes déclenchent les applaudissements. N'oubliez pas cependant qu'à certains concerts, il arrive parfois qu’un membre de l'assistance ne puisse se retenir d’applaudir immédiatement après la fin d'une composition, une musique qui semble moins s'arrêter que se dissoudre dans le silence ou transporter les auditeurs dans l'infini. Dans de tels cas (par exemple la fin de Das Lied von der Erde de Mahler ou de O Magnum mysterium d'Alexina Louie, dont la fin évoque le mystère paisible et le silence glacé de l'espace lointain), il est bien préférable de respecter l'atmosphère créée par la musique en restant silencieux pendant quelques instants, plutôt que d'applaudir immédiatement. Un compositeur, Jean Sibelius, avait même demandé de ne pas applaudir après les interprétations de sa Quatrième Symphonie (recommandation qui n'est plus observée). Glenn Gould avait écrit un article dans lequel il réclamait l'interdiction pure et simple des applaudissements. Un chef d'orchestre ou un interprète expérimenté saura vous dire par son langage corporel, à quel moment vous pouvez applaudir. Il suffit d’observer!

L’Ovation

Et l’ovation? Il y a quelques années, les spectateurs se levaient seulement pour applaudir une interprétation vraiment exceptionnelle, lorsqu'ils avaient vécu un moment transcendant, une expérience si forte qu'ils éprouvaient le besoin irrépressible de se mettre debout pour exprimer leur enthousiasme. De nos jours, cependant, l'ovation est devenue si courante qu'elle en perd pratiquement son sens. Après tout, il est impossible que tous les concerts soient exceptionnels. Si l'on réserve une ovation à tous les concerts, que nous reste-t-il pour marquer les événements vraiment spéciaux? Si vous vous sentez emporté(e) par les émotions intenses que déclenche une interprétation (pas la musique elle-même mais bien l'interprétation), alors, n'hésitez pas, levez-vous pour applaudir. Vous pouvez aussi lancer un « Bravo! » pour souligner votre appréciation. Mais ne vous sentez pas obligé(e) d'imiter la foule.

Peut-on huer?

À l'autre extrême, est-il permis de huer? La plupart des gens estiment que cela n’est pas approprié, tout au moins en Amérique du Nord. (Cette pratique semble plus acceptée dans certains pays européens.) En revanche, une réaction plus honnête à quelque chose qu'on n'a pas apprécié serait sans doute plus justifiée que des applaudissements tièdes et manquant de sincérité. Soyons réalistes – certaines musiques sont vraiment mauvaises et il arrive que même les artistes les plus célèbres donnent à l'occasion des interprétations d'un ennui profond.

En avance – À l’heure – En retard

Bien entendu, vous devez arriver à l'heure au concert, ou même un peu en avance, pour avoir le temps de lire les notes de programme qui vous aideront souvent à mieux profiter du concert. Si vous êtes en retard, vous ne pourrez probablement vous asseoir à votre siège qu'à l’occasion d'une pause appropriée (par exemple, après le premier mouvement d'une symphonie ou après l'ouverture, s’il y en a une). Il est inutile de préciser que l'on manque de courtoisie lorsqu’on dérange de nombreuses personnes pour gagner son siège loin de l'allée pendant que la musique joue et que toute la commotion que l'on provoque empêche les autres spectateurs des environs de se concentrer. Les spectateurs qui partent avant la fin provoquent le même dérangement, mais si vous devez vraiment vous en aller, essayez de partir entre deux mouvements ou sections, ou tout au moins lorsque la musique joue fort. Si l'éclairage de la salle le permet, vous pouvez consulter les notes de programme pendant le concert, éventuellement pour repérer à quel endroit se situe la musique que vous entendez ou pour vous aider à comprendre ce qui arrive à un moment donné. Cependant, il est préférable de s'intéresser à cela avant le début du concert. En effet, vous ne pouvez pas vraiment vous concentrer à la fois sur ce que vous lisez et sur ce que vous écoutez.

Attention aux bonbons!

En parlant de passages où la musique joue plus fort, avez-vous remarqué que les gens semblent toujours attendre que la musique soit calme pour déballer leurs bonbons ou leurs pastilles? Essayez de ne pas faire comme eux. Si vous pensez avoir besoin d'une pastille, préparez-la avant le début du concert, entre deux mouvements, ou pendant un épisode plus fort. Si vous devez absolument déballer votre bonbon pendant un passage calme, faites-le rapidement, sinon vous risquez d’attirer sur vous les foudres éternelles de vos voisins.
 

Ne soyez pas cette personne qui gâche la musique!

Il va sans dire que l'utilisation de téléphones cellulaires, de téléavertisseurs électroniques, de caméras vidéo et de dispositifs d’enregistrement audio est interdite et/ou illégale. Pourtant, malgré les rappels, quelqu'un oublie invariablement d’éteindre son téléphone cellulaire et dérange un grand nombre de personnes, généralement à l'occasion d'un passage où la musique se fait plus calme. Ne soyez pas cette personne qui gâche la musique! Le chef d'orchestre d’une importante formation a refusé un jour d'offrir le rappel traditionnel après un incident semblable qui avait gâché la fin calme d'un concert.

Comment S’Habiller?

Vous pouvez vous habiller comme vous le souhaitez. Les tenues de soirée pour les hommes et les robes longues pour les dames ne sont exigées que très rarement et dans un tel cas, le code vestimentaire est précisé clairement. Beaucoup de mélomanes estiment que chaque concert est une occasion spéciale et ils s’habillent en conséquence. Certains arrivent directement du bureau et portent donc des vêtements de ville. La tendance actuelle est de s'habiller de façon décontractée; on remarque que dans l'auditoire, beaucoup de gens, surtout les jeunes, portent une chemise et un chandail. Vous pouvez porter ce que vous voulez, mais par respect pour les musiciens, les compositeurs et les autres membres de l'auditoire, évitez de porter un T-shirt, des jeans d'aspect négligé et des chaussures de course à pied. Mais surtout, ce qu'il faut éviter de porter lorsqu'on va au concert, c'est un parfum puissant qui, même s'il vous plaît à vous, risque d'incommoder vos voisins.

Bon Concert!

Alors, venez au concert et profitez-en. Un concert n’est pas une cérémonie religieuse ni un événement sportif, mais un moment musical présenté pour le plaisir de tous. Évitez de gâcher ce moment pour les autres en laissant votre téléphone cellulaire en activité. Et surtout, s'il vous plaît, n'applaudissez pas au milieu du finale de la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski!

Robert Markow