Concerto n° 16 en ré majeur pour piano et orchestre, K. 451

Wolfgang Amadeus Mozart : Né à Salzbourg, le 27 janvier 1756, décédé à Vienne, le 5 décembre 1791

Au moment où il compose la symphonie en sol (K. 183), Mozart bâtit ses théories musicales sur la structure symphonique et ne cherche pas à écrire ou à interpréter des concertos. À partir de 1782 par contre, au cours des neuf dernières années de sa vie, il produit dix-sept concertos pour piano et orchestre mais seulement six symphonies. Le goût du public a exercé une influence certaine sur le compositeur dont l'orientation cependant est en grande partie le résultat d'un choix personnel. Mozart n'avait rien du flagorneur. Lorsqu'il écrit ces deux concertos, il cherche manifestement la manière de concilier les éléments disparates des partitions de soliste et l'orchestre. Il trouve une solution brillante, qui nous vaut les grands exemples de ce moyen d'expression, exemples que Beethoven et Brahms eux-mêmes n'ont pu surpasser. Mozart exige du soliste une réelle virtuosité il dira du concerto en ré: « J'ai voulu que l'exécutant transpire sur ce morceau » - mais il l'emploie toujours dans le contexte général de l'œuvre. Son écriture embrasse un grand ensemble et s'il ne dédaigne pas le caractère brillant, il ne le dissocie jamais d'un tout.

Il atteint en fait une forme de composition où le concerto et la symphonie, de conceptions dissemblables à l'origine, le rejoignent dans une texture unique. L'instrument soliste peut se marier à l'orchestre tout autant qu'un autre, mais il peut aussi s'en détacher pour exprimer pleinement sa valeur propre lorsque le cours du dialogue l'exige.

Ceci marque l'originalité des vues de Mozart ainsi que la qualité intellectuelle et purement musicale de sa pensée. Nous entrevoyons ici la grandeur de l'homme, nous comprenons à quel point tous ces « musicologues » nous ont lamentablement fourvoyés qui nous parlaient de la « forme » comme d'un récipient déterminé dans lequel le compositeur verse le « contenu ».

Le concerto en do, composé à Vienne en 1785, est une œuvre de parade brillante, écrite dans un ton toujours heureux chez Mozart; l'emploi des trompettes et des tambours en fait pleinement ressortir le caractère martial. Le premier mouvement, de forme « savante», s'inspire généreusement d'une idée maîtresse; nombre de couleurs et d'effets superbes émaillent le discours. Plus solennel, plus audacieux dans ses harmonies, ses fausses relations et ses grands sauts mélodiques, le deuxième mouvement dégage une atmosphère troublante, qu'aucune virtuosité ne vient dissiper. Mais le finale bouffe du dernier mouvement, par sa gaieté et sa chaleur humaine, efface avec lyrisme la gravité de tout ce qui précède.

Dans le concerto en ré encore, Mozart fait appel au grand orchestre, qu'il traite de manière symphonique, bien que le rôle du soliste soit très lourd. De nouveau, le piano et l'orchestre fissent une structure toujours mouvante et contribuent essentiellement et pour une part égale à la texture du développement. Au cours du premier mouvement, plein d'exubérance, l'orchestre peut étaler son brio et le soliste, une bravoure à toute épreuve. L'andante produit un effet de contraste; c'est une délicieuse chanson, pleine de cette émotion que Mozart excelle à rendre quand lui-même est touché. Le bouillonnement du rondo final nous fait songer au Haydn des apogées.

Robert Markow