Stabat Mater, opus 53, pour solistes, choeur et orchestre

Karol Szymanowski : Né le 3 octobre 1882; décédé le 28 mars 1937

Karol Szymanowski a souvent été surnommé, non sans raison, le « Bartok polonais ». La réalité est toutefois beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre cette simple comparaison. Szymanowski est un compositeur extraordinairement doué, dont les œuvres défient toute tentative de classification précise. Sa production de jeunesse révèle l’influence de Chopin et de Scriabine.

Wagner et Richard Strauss y participent ensuite et plus tard, Debussy et Stravinski. Vers la fin, son œuvre s'enrichira d'éléments du folklore de sa Pologne natale.

Les premières œuvres de Szymanowski, pour la plupart des chants et des pièces pour piano, s'attachent à un genre d'expression ou se maintiennent en un curieux équilibre les textures pianistiques pétries de sensibilité de Chopin et la nervosité hédoniste de Scriabine, le tout discipliné et renforcé par une maîtrise contrapuntique remarquable.

Aux environs de 1910, Szymanowski commence à manifester un intérêt très vif pour l’Orient. II est particulièrement séduit par la culture arabe, qui inspirera, à la fois par son pouvoir évocateur et spirituel, un grand nombre des pièces vocales qu'il écrira au cours des dix années suivantes, notamment son premier opéra, Hagith (1912-1913), et les deux séries de Mélodies d'amour Hafis (1910-1914). Cette période d'orchestration somptueuse fabuleusement colorée, de mélodies langoureuses et sensuelles, d'harmonies denses, juteuses comme un fruit mur, et de fioritures quasi byzantines, est portée à sa plus haute expression dans la partition touffue de la Troisième Symphonie.

En 1922, Szymanowski redécouvre ses racines: le folklore fera l’objet de sa dernière phase d'exploration. Cette année-là, il écrit: « L'adage qui dit que chaque être humain revient au sol dont il est issu vaut pleinement dans mon cas ». L'intégration croissante d'éléments du folklore polonais a donné naissance à une musique aux textures plus gaies et plus cristallines, comparativement à la densité chromatique excessive qui caractérisait ses pages antérieures. Le Stabat Mater pour voix solistes, chœur mixte et orchestre (1925-1927) est campe, en quelque sorte, au seuil de ce style simplifié et atavique.

Crée en 1928 à Poznan, ce Stabat Mater hiératique met en relief les forts penchants métaphysiques de Szymanowski et, bien que la partition ne soit marquée que de peu d'accents folkloriques, il y transparait une pointe d'archaïsme qui évoque la pérennité de la musique populaire. Pendant une bonne partie de l’œuvre, le chœur progresse par triades parallèles vigoureuses, se confinant à l’intérieur d'un registre mélodique très restreint, souvent accompagné au niveau de l’orchestre par des figures ostinato persistantes. Quoique modeste par rapport à les œuvres symphoniques précédentes de l’auteur, l’orchestration est extrêmement colorée et l’utilisation d'une section de percussion beaucoup plus imposante qu'à l’accoutumée se révèle fort originale.

Le Stabat Mater ne reflète peut-être pas en tous points le style de son compositeur, mais c'est un cri de douleur poignant à la pensée de la mère affligé au pied de la croix. Les six mouvements brefs jaillissent la sensibilité aiguë de l’une des plus grandes figures polonaises de la musique.

Robert Markow