Symphonie n° 2 en do mineur, opus 17 «Petite Russie»

Piotr Illitch Tchaïkovski: Né à Votkinsk le 7 mai, 1840; décédé à Saint Pétersbourg, le 6 novembre, 1893

Tchaïkovski n'était guère apprécié du « Groupe des Cinq » — un groupe de compositeurs nationalistes russes qui comptait parmi ses membres Rimski-Korsakov et Moussorgski — sous prétexte que son langage était essentiellement orienté vers la musique occidentale, et n'avait rien de russe à leurs yeux. Les « Cinq » reprochaient à Tchaïkovski son attirance vers les modèles musicaux italiens, français et germaniques, musiques qu'ils méprisaient eux-mêmes, préférant puiser leur inspiration à des sources exclusivement autochtones. « Leurs critiques sonnent le plus souvent comme des tirades patriotiques à l'encontre d'un dangereux renégat », écrit Louis Biancolli. Mais avec sa deuxième symphonie, Tchaïkovski a fait taire tous ses détracteurs en parsemant son œuvre d'une profusion de mélodies folkloriques parfaitement idiomatiques. Même le titre, Petite-russe, a été accolé à cette symphonie par le critique Nicolaï Kashkine en l'honneur des mélodies ukrainiennes que Tchaïkovski y avait intégrées. Il est à noter que le terme « petit-russe » était à l'origine une épithète infamante que les tsars des 17e et 18e siècles utilisaient pour désigner les Ukrainiens; à l'époque de Tchaïkovski, toutefois, le terme avait perdu son sens péjoratif.

Jamais Tchaïkovski ne fut tenu en si haute estime par le « Groupe des Cinq » qu'au moment où il leur présenta cette symphonie. Lorsqu'il joua la finale au piano devant eux, Tchaïkovski rapporte lui-même que « toute la compagnie faillit [me] mettre en pièces par ses transports de joie ». La première mondiale, qui eut lieu à Moscou le 7 février 1873, remporta également un énorme succès, et l'œuvre fut rejouée peu après « à la demande générale ». Au cours de cette seconde exécution, le compositeur fut ovationné à la fin de chaque mouvement, et reçut à la conclusion de la symphonie une couronne de laurier et une coupe d'argent. Curieusement, l'œuvre tomba pourtant dans l'oubli au début du 20e siècle, avant d'être redécouverte par Igor Stravinski, qui la remit à l'honneur à la faveur de ses engagements comme chef invité dans les années trente.

Outre son caractère ouvertement nationaliste, la Symphonie no 2 se distingue aussi par son ton extraverti, joyeux et enlevant, une qualité qui fait généralement défaut aux autres symphonies du compositeur. L'œuvre s'ouvre sur un long prologue qui fait entendre une variante de la chanson folklorique « En descendant la mère Volga », introduite par un long solo de cor et reprise pas moins de quatre fois par la suite. La section principale du mouvement, l'Allegro vivo, s'amorce sur un thème vigoureux exposé aux violons, sur lequel s'enchaînent deux autres thèmes dans une veine plus lyrique, l'un pour le hautbois et le dernier, majestueux et romantique, pour les violons.

Le deuxième mouvement est construit sur une marche entraînante tirée d'Undine, un opéra inédit de Tchaïkovski qui avait été refusé par l'Opéra de Saint-Pétersbourg en 1869. Un second thème très expressif se mêle à la marche par endroits, apportant chaque fois de nouvelles variations de la couleur orchestrale.

Un scherzo plein d'entrain constitue le troisième mouvement, remarquable par ses rythmes exubérants, ses variations rapides de climat et ses brillantes tonalités. Une autre mélodie folklorisante se fait entendre dans le trio de la section centrale du mouvement.

La finale était le mouvement préféré de Tchaïkovski. Après l'introduction apparaît une autre mélodie folklorique toute simple, « La Grue », qui sert de matériau principal à l'exposition du mouvement en entier, reprise dans différentes orchestrations très colorées, parfois accompagnée d'un contre-sujet. Un second thème, entièrement de la main du compositeur, alterne avec celui de « La Grue »; très syncopé, il a souvent été assimilé à des rythmes de rumba. Un presto final exposant une dernière fois le thème principal amène la symphonie à sa brillante conclusion.

Robert Markow