Évanescence

André Prévost : né à Hawkesbury (Ontario), le 30 juillet 1934; décédé à Montréal, 27 janvier 2001

Évanescence est une commande de l'Orchestre du CNA pour sa première saison (1969-1970). Mario Bernardi, directeur musical de l'Orchestre, en a dirigé la création le 7 avril 1970. La partition est dédiée au directeur musical du Centre national des Arts Jean-Marie Beaudet.

Prévost écrit : « D’une conception très libre et quasi impressionniste au début, Évanescence est une page qui évolue de plus en plus vers une complexité d’écriture et d’orchestration où le contrepoint tient le rôle principal. Malgré cette progression, la musique y demeure empreinte d’un lyrisme constant qui s’exprime à la fois par d’amples mélodies (de plus en plus “ entourées ” de motifs qui les contredisent) et par une structure formelle extrêmement statique qui agit autant sur les hauteurs et les intervalles que sur les nuances and les timbres. »

Évanescence porte bien son titre : c’est en effet une musique fugace, qui s'évanouit et disparaît peu à peu dans le néant; l'œuvre s'achève exactement de cette façon. Le Catalogue de musique canadienne pour orchestre du Centre de musique canadienne décrit de manière évocatrice les derniers moments de la composition : « L'œuvre ne s'achève pas réellement; elle disparaît peu à peu, s'efface, s'évanouit en fondu, ne laissant qu'une sorte d'empreinte sonore imprécise, une impression impalpable qui accentue l'atmosphère qui précédait l'œuvre, en s’immergeant dans le silence. »

Cette composition d'une dizaine de minutes comprend un seul mouvement divisé en trois sections reliées entre elles. Après une brève introduction, les violons entament une longue ligne mélodique qui se déploie continuellement. Peu à peu, des lignes contrapuntiques se rajoutent, la texture devient plus dense, le mouvement rythmique s’accentue, le volume augmente. Lorsque la musique atteint son paroxysme, les cuivres et les instruments de percussion sont au premier plan. On assiste ensuite à une sorte de réexposition, dans laquelle le basson, à peine audible à travers l'épaisse pâte sonore, joue la mélodie confiée au départ aux violons. Les dernières pages reprennent la musique de l'introduction, réorchestrée; après un dernier soubresaut des cuivres et des instruments de percussion, les cordes entament, sur une figure de quatre notes continuellement répétée, leur lente descente vers le seuil de l'audibilité.

Robert Markow