Concerto pour violoncelle en si bemol majeur

Luigi Boccherini : né à Lucques, Italie, le 19 février 1743; décédé à Madrid, le 28 mai 1805.

La plupart des amateurs de concert connaissent le nom de Luigi Boccherini : c’est le compositeur, contemporain de Haydn, qui a composé un petit menuet très célèbre et un concerto pour violoncelle. C’est vrai . . . mais cela ne suffit pas à dépeindre la carrière du compositeur. Boccherini fut un musicien extrêmement prolifique puisqu’il a écrit plus de 500 œuvres. On lui doit 125 quintettes pour cordes (le célèbre menuet provient d’un de ces quintettes), une centaine de quatuors pour cordes, une soixantaine de trios, 30 symphonies et une douzaine de concertos pour violoncelle, en plus de nombreuses autres œuvres presque toutes instrumentales. Pourtant, la plupart d’entre nous connaissons Boccherini en raison de deux œuvres simplement. Il ne fait aucun doute qu’un compositeur capable de produire des créations aussi attrayantes et élégantes était capable de composer d’autres musiques de tout aussi bonne qualité. Les origines du Concerto pour violoncelle en si bémol confirment cette hypothèse.

En 1895, le violoncelliste et compositeur allemand Friedrich Grützmacher (1832-1903) a publié un concerto pour violoncelle qu’il qualifiait d’arrangement d’une œuvre analogue de Boccherini. Or, il est impossible de trouver dans la production de Boccherini un concerto qui ressemble à celui dont Grützmacher se serait inspiré et aucun concerto en si bémol majeur ne figure dans le catalogue du compositeur, ni n’est mentionné dans sa biographie. Tout cela paraissait très suspect à la plupart des gens. De nombreuses années plus tard, la découverte de manuscrits de Boccherini a permis de comprendre ce qu’avait fait Grützmacher. Le premier et le troisième mouvement sont basés sur une des sonates pour violoncelle de Boccherini tandis que le mouvement central provient directement d’un concerto en sol majeur que Grützmacher a encadré d’un ritornello. Le troisième mouvement s’inspire également d’un duo pour deux violons en fa majeur. Grützmacher a considérablement modifié et arrangé ce matériau musical, ajoutant même des passages de sa propre plume, mais la musique demeure essentiellement celle de Boccherini. Par conséquent, les mélomanes qui connaissent ce concerto ont, par le fait même, entendu également d’autres œuvres de ce compositeur!

De nos jours, musiciens et amateurs de musique se plaisent à mettre l’accent sur l’authenticité historique et la fidélité aux sources originales, mais l’histoire rocambolesque du Concerto en si bémol majeur ne devrait pas nous empêcher d’apprécier pleinement cette musique. L’écriture chaleureusement lyrique et très expressive pour le violoncelle augmente plus encore l’élégance et le charme inhérents de la musique, ce qui n’est pas surprenant quand on sait que Boccherini fut lui-même un violoncelliste de talent avant de se tourner vers la composition.

Robert Markow