Gary Kulesha
Compositeur lauréat du Centre national des Arts
Entrevue
- En tant que compositeur, qu'est-ce qui vous inspire dans la musique de Mozart?
Mozart représente l'équilibre le plus parfait entre la technique et la musique. Sa musique est techniquement parfaite sous tous les angles, et pourtant, à l'écoute de ses œuvres, on n'a absolument pas conscience des difficultés qu'il a pu rencontrer lors de leur composition. C'est un idéal ancien que de mettre une technique parfaite entièrement au service de l'art. On retrouve la même chose dans certains autres domaines comme le sport. Les meilleurs athlètes sont ceux qui maîtrisent si parfaitement leur discipline que l'on a l'impression qu'ils gagnent sans effort. Mozart est le meilleur athlète parmi tous les grands compositeurs.
- Avez-vous un souvenir musical spécial qui remonte à votre plus tendre enfance?
Mes plus anciens souvenirs de musique sont ceux de Beethoven, Mozart, Schubert et Chopin, ainsi que la musique de boogie-woogie au piano. C'est en fait le boogie-woogie (une sorte de première version du rock'n'roll au piano) qui m'a incité à jouer du piano.
- Quand avez-vous commencé à composer de la musique?
Je crois que j'avais 8 ou 9 ans.
- Combien de temps vous faut-il pour composer une œuvre? Et avez-vous un endroit préféré pour composer votre musique?
Ça varie d'une pièce à l'autre. Une œuvre de 25 minutes pour orchestre peut prendre huit mois ou même plus à composer. Pour un opéra, il faut une année complète. En revanche, je peux écrire des courtes pièces de musique de chambre en quelques mois ou même plus rapidement. Il m'a fallu environ un mois, ce qui est très rapide dans mon cas, pour écrire Syllabes de signification inconnue, que l'OCNA a présenté en tournée dans l'Est du Canada l'année dernière. Lorsque j'étais très jeune, j'écrivais en quelques heures des morceaux complets de trois minutes pour tuba et piano. Pour me dédommager, mon meilleur ami qui jouait du tuba commandait la pizza pour nous deux.
- Quels sont les instruments dont vous jouez? Est-ce qu'il faut que vous puissiez jouer de tous les instruments pour lesquels vous composez?
Mon instrument principal est le piano, mais je joue également de l'alto. Lorsque j'étais jeune, j'ai étudié le hautbois et je jouais du saxophone dans l'orchestre de danse de l'école secondaire. J'ai aussi joué de la percussion dans un orchestre de concert et j'ai joué de la guitare basse, de la guitare rythmique et des claviers dans divers groupes de rock.
- Votre musique a-t-elle une sonorité particulièrement canadienne/mexicaine/américaine? Dans l'affirmative, pourquoi?
Non, je ne crois pas. Pour moi, ce n'est pas un critère important.
- Quelle est la source d'inspiration de vos compositions?
Cela dépend. Parfois, c'est une image ou simplement une idée ou une anecdote. Parfois c'est une pensée musicale. L'œuvre que j'ai intitulée Syllabes de signification inconnue était une commande destinée à célébrer le millénaire. J'ai donc eu l'idée d'utiliser le fragment d'un chant composé par Hermannus Contractus, un compositeur qui a vécu il y a 1 000 ans. Ce morceau est en partie inspiré par un vieux film de science fiction dans lequel les êtres humains du futur communiquaient avec les gens de notre époque à travers leurs rêves. J'ai imaginé que je rêvais à la musique d' Hermannus Contractus et que je prenais contact avec lui à travers les siècles. Cette image a donné son atmosphère à ma composition.
- Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite composer?
L'harmonie, l'harmonie, l'harmonie… et le contrepoint. Étudie les bases. Elles seront ton langage. On ne peut pas écrire de la poésie en grec ancien si l'on ne connaît pas le vocabulaire et la grammaire de cette langue et si l'on n'a pas pris la peine de faire régulièrement des exercices. On ne peut pas créer dans une langue quelle qu'elle soit, si l'on n'en connaît pas les bases.
- Quelle est parmi vos compositions celle que vous préférez? Quelles sont celles que devrait écouter un étudiant?
Syllabes de signification inconnue est une de mes œuvres préférées, certainement, avec mon concerto pour violon et ma symphonie. Mais c'est très difficile de privilégier une pièce par rapport aux autres. Elles sont toutes différentes et explorent différentes facettes. Écouter, c'est la même chose pour un étudiant ou pour quelqu'un d'autre : écouter c'est être réceptif à la communication. Une musique, quel que soit son style, vous communique quelque chose ou ne communique rien. En revanche, la musique classique ce n'est pas comme la musique pop – elle n'est pas faite pour susciter une émotion immédiate, mais pour provoquer un peu l'auditeur. La meilleure musique classique est celle qui vous donne envie de la réécouter et qui vous apporte quelque chose de nouveau à chaque fois.